
Depuis la préhistoire, l’homme a toujours cohabité avec les animaux : au fils des ères, la conception de l’animal dans la société a connu de nombreuses évolutions.
Congénères de l’homme pendant des millénaires, les bêtes étaient perçues comme des êtres vivants, appartenant au même règne biologique que lui. Puis à l’ère néolithique, elles se sont vues attribuer une vocation utilitaire avec la domestication avant d’être reléguées au rang d’animal-objet au 17ème siècle.
C’est à Descartes que l’on doit la thèse selon laquelle l’être humain possède une âme ce qui le distingue des animaux qui n’en ont pas. Tandis que selon celle de Montaigne, l’homme partage avec les autres animaux la loi de nature et n’est ni au-dessus ni en dessous du reste.
Quoiqu’il en soit, l’animal a toujours été présent dans la cité où porcheries, étables et chèvreries prenaient place à coté des échoppes jusqu’au 20ème siècle.
Depuis la Loi du 16 février 2015, les animaux bénéficient d’un statut spécifique, celui d’êtres vivants doués de sensibilité en application de l’article 515-14 du Code Civil. L’article 13 du Traité de Lisbonne sur le fonctionnement de l’Union européenne du 13 décembre 2007 considère quant à lui que « l’Union et les États membres tiennent pleinement compte des exigences du bien-être des animaux en tant qu’êtres sensibles ».
Mais, en dépit de ces avancées, l’adhésion n’est pas unanime dans la population à la considération qui doit être portée à nos amis les bêtes.
Au niveau de l’Etat et de ses représentants, les maires ne respectent pas toujours leurs obligations au titre du Code rural et de la pêche maritime pour lutter contre la divagation et prendre en charge des animaux errants sur leur commune.
Au niveau des citoyens, les abandons ont connu une progression très importante selon l’étude publiée par le ministère de la Justice le 12 mai 2026.
Or, cette même étude révèle que « plus d’un tiers des personnes mises en cause pour des faits de maltraitance animale sont également concernées par d’autres infractions, comme des violences contre les personnes ou des atteintes à l’environnement ».
La lutte « contre la violence, qu’elle soit dirigée contre les animaux ou contre les humains » relève donc d’un seul et même combat comme l’a compris la Fondation 30 millions d’amis.
- Maltraitance animale, possible révélateur de violences intrafamiliales
L’article 3 de la Convention européenne pour la protection des animaux de compagnie STE 125 du 13 novembre 1987 pose le principe que « nul ne doit causer inutilement des douleurs, des souffrances ou de l’angoisse à un animal de compagnie ».
Il arrive que nous soyons témoins des actes de violence commis à l’égard d’un animal sans intervenir ou sans le signaler. Notre inaction et notre silence sont malheureusement un bien mauvais réflexe pouvant avoir de graves conséquences.
En effet, de tels agissements peuvent être les révélateurs de violences intrafamiliales car le chien ou le chat ne sont pas toujours les seules victimes au sein d’un foyer.
Les maltraitances faites aux enfants, aux personnes vulnérables et aux animaux sont les mêmes, et parmi elles, cinq groupes sont à distinguer :
Maltraitances/violences physiques : frapper, secouer, projeter, empoisonner, brûler, ébouillanter, étouffer, étrangler, etc…
Maltraitances/violences émotionnelles : harcèlement verbal, corruption, exploitation, emprise émotionnelle, comportement de menace permanente.
Maltraitances/violences sexuelles : viol, attouchements, fellation, pénétration, propos à caractère sexuel.
Négligence : carence persistante à fournir à la personne ou à l’animal le minimum nécessaire à sa vie/survie.
Violence économique : privation de ressources financières et maintien dans la dépendance pouvant conduire à la négligence de soins des animaux.
Gandhi, reconnu comme l’apôtre de la non-violence conseillait le recours à la violence « là où il n’y a le choix qu’entre lâcheté et violence ». Mais lorsqu’elle s’exerce à l’encontre des animaux, la violence est obligatoirement lâche car elle est dirigée contre ceux qui ne parlent pas, ceux qui ne dénoncent pas, ceux que l’on n’entend pas.
Et elle va s’étendre lentement jusqu’à atteindre les autres membres du foyer. C’est pourquoi porter secours à un animal maltraité peut souvent permettre de détecter des situations de détresse humaine et d’agir avant la commission d’actes plus graves.
La lutte contre la maltraitance animale s’inscrit donc dans la prévention des violences intrafamiliales.
- Acte de cruauté envers les animaux, indicateur précoces d’un trouble des conduites
La place de l’animal dans la société ne doit pas être ignorée ainsi que le bien-être de ceux qui partagent notre espace de vie. Pour autant, notre rapport aux autres espèces animales est complexe car avant de les comprendre, l’homme a établi une hiérarchie entre elles. Entre animaux de compagnie ou bêtes de somme, le monde du vivant a longtemps été catégorisé en déterminait nous-mêmes l’échelle de valeur ou plutôt de la valeur des autres espèces.
Ainsi, plus l’espèce se rapproche de la nôtre, plus elle suscite notre intérêt, jusqu’à l’anthropomorphisme parfois. Plus elle diffère de la nôtre, plus elle nous laisse indifférent ou nous rend hostile. En résumé, nous projetons nos émotions sur ces pauvres bêtes.
De nombreuses études françaises et étrangères mettent d’ailleurs en évidence les liens existants entre les troubles psychiatriques et la maltraitance animale. Les professionnels de la psyché considèrent qu’une absence d’empathie envers les animaux peut traduire des déficits d’attachements sociaux et des symptômes d’anxiété et de dépression.
La violence dont l’animal est la victime, peut donc être un indicateur précoce d’un trouble des conduites. De plus, l’exposition à des violences, lors de l’enfance, commises sur les animaux peut parfois être rapproché de comportements violents à l’âge adulte.
Un Ted Bundy sommeille peut-être à deux pas d’ici, précédant ses futurs crimes de meurtres d’animaux. C’est la raison pour laquelle la maltraitance animale doit être traitée avec le sérieux et la rigueur qu’elle mérite. Des solutions existent pour amener la société à être vigilante à l’égard de certains d’individus et prévenir leur passage à l’acte criminel.
Le mécanisme du signalement croisé permet ainsi à différentes autorités, institutions et établissements (organismes de protection de l’enfance, cabinets vétérinaires, protection sociale etc..) de communiquer leurs inquiétudes à un organisme qui les centralisera.
Mais, en France, il n’y a pas de système de signalement croisé, uniquement des connexions entre les différents acteurs partenaires. Et c’est bien là le problème… Les informations de chacun ne sont ni recueillies par une structure unique et nationale, ni discutées dans le cadre d’échanges pluridisciplinaires pour mettre en œuvre la prévention.
Le lien entre violence aux animaux et violence aux humains doit être pris en considération pour assurer la protection de tous, à peau, à poils et à plume.
En attendant, le regard de notre société continue d’évoluer sur le lien entre l’homme et les autres espèces animales.
Hier gardien de troupeaux, le chien est aujourd’hui aidant aux personnes handicapées et assistant judiciaire au service des victimes. Hier combattant des nuisibles, le chat est aujourd’hui animateur d’EHPAD et accompagnateur scolaire. Hier tracteur de charge, le cheval est aujourd’hui thérapeute et médiateur équin.
Il y a une place pour chacun et à chacun une place dans le monde que nous partageons.